domaine de frévent

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vendredi 19 mai 2017

Sésame, ouvre-toi !


Je ratisse des cailloux à l’entrée du domaine quand une voiture s’arrête devant le portail. Le bras du conducteur se tend pour taper le code d’entrée. Le portail s’ouvre et la voiture s’engage par l’allée dans une forêt sombre où le sentiment d’aventure croit au fur et à mesure de l’avancée.
Au bout de la ligne droite, virage à gauche 90 °, cinquante mètres plus loin, droite 90°, elle prend le parking et se gare devant le panneau de sa réservation.
Il y a eu la grosse voiture, la petite, la voiture de sport, la vieille voiture. Je me souviens d’une Panhard des années 60 qui fit son entrée un jour conduite par le descendant du nom de la marque lui-même. Belle rencontre.

J’essaie en vain de trouver un fil conducteur me permettant à partir de ce début d’histoire, de retomber sur l’objet de ce billet dont j’ai envie de vous faire part compte tenu de l’actualité électorale qui nous remplit bien la tête.
Ah j’y suis. Il existe un point commun entre toutes ces voitures qui un jour se sont retrouvées dans cette même action en ce lieu :

2146 E. 


 
Ce code n’a pas changé depuis la mise en service du portail automatique - 2010. Il n’a aucune signification particulière les chiffres étant pris au hasard. Un spécialiste de la psychologie y verrait peut-être là un trait de ma personnalité ou une pathologie sous-jacente qu’il faut traiter avec le plus grand sérieux, peut-être même la plus grande urgence (ça va bien merci), moi j’y vois tout simplement des chiffres qui sont parvenus à mon cortex cérébral au moment où il me fallait définir une combinaison à enregistrer dans la carte mémoire du dispositif d’ouverture.
Bon j’avoue tout de même un truc grotesque qui m’avait traversé l’esprit en appuyant sur les touches : 21 ans mon Âge, 46 ans l’Age de ma femme, E comme entrée. (C’est grave docteur ? d’autant que c’est sans relation avec la réalité). C’est aussi l’explication que je donnais à ceux qui me demandaient pourquoi ces chiffres et l’occasion de taquiner un peu madame, qui n’aime pas ça !

Les années passent…

Et voilà, qu’en ce lendemain des élections présidentielles, je m’aperçois que cette logique reflète la situation sentimentale, que je respect sincèrement (je parle bien de la situation sentimentale), de notre nouveau chef de l’état ! Je crois, si mes informations sont bonnes, qu’il y a 25 ans d’écart entre monsieur et madame.
Alors, est-ce le hasard ou le fruit à peine mûre d’une clairvoyance ignorée? J’ai peut-être là une capacité dont je ne soupçonnais pas l’existence. Je vais y réfléchir en portant attention à tous mes faits et gestes.

Je continue à ratisser des cailloux…

Peut-être qu’un jour ce signe avant-coureur entraînera une grosse voiture noire aux vitres blindées à s’arrêter ici, devant le portail vert, et que le président lui-même tapera ces chiffres sans se douter que c’est mon histoire mnémotechnique qui l’a amené jusqu’à Frévent !
Car pour quelle autre raison viendrait-il ici ?

- Une pause pipi en catimini que les autorités n’avaient pas prévu lors d’un déplacement en voiture ?
- Une nuit en cabane pour décompresser d’une vie trépidante ? Au fait, le palais de l’Elysée est-il climatisé ? Si ce n’est le cas, il pourrait avoir envie de venir prendre le frais par une nuit d’été sous le ciel étoilé !
- Une rencontre avec une personne issue de la société civile qui n’a pas fait l’ENA et qui vit dans les bois ?

Non vraiment soyons sérieux, s’il se retrouve ici un jour, ce ne pourra être que par la bénédiction de mes quatre chiffres ‘ magiques’.

Je me demande d’ailleurs qu’elle serait ma réaction face à une telle visite ! Oserais-je simplement engager la conversation à sa descente de voiture ?
Je ne pense pas ; Je lui laisserais le choix de la discussion en espérant être à la hauteur du dialogue qu’il engagera. Les sujets ne manqueront pas même s’il sera de bon ton d’exclure la politique.
La chlorophylle, l’histoire de la propriété, la musique militaire…son beau costume ou mon vieux tracteur!

Je lui présenterais sa chambre, probablement la Conciergerie pour la hauteur sous plafond qui ne dénotera pas beaucoup avec celles des chambres de l’Elysée je pense. D’autant qu’il sera nécessaire de prévoir une chambre attenante pour la garde rapprochée, et la ‘Galerie’ se prête bien à cette fonction. A y réfléchir finalement et de mon regard naïf, Le domaine permet de répondre assez facilement aux exigences d’un séjour de la présidence de la république.

Je continue à ratisser....

Pour le petit déjeuner dois-je faire tester les aliments à un goûteur dont la mort serait moins embarrassante que celle du chef de l’état ? Ou alors monsieur le Président prendra-t-il le risque de boire mon café en totale confiance ?
Toutes ces questions font de moi quelqu’un qui ne serait pas à la hauteur de l’évènement hélas !
J’aurais bien aimé avoir la capacité à susciter l’intérêt des grands de ce monde car ce serait l’occasion de découvrir des personnages totalement déférents de l’idée que je m’en fais au travers des médias et au-delà des clivages politiques. Cela vaut dans un sens comme un autre.
‘Manu’ c’est peut-être un mec super sympa, mais c’est peut-être aussi l’inverse ! Qu’en est-il vraiment ? Je ne le saurais jamais.

Les cailloux sont ratissés.

J’en profite pour vous signaler que l’entrée a subi une petite transformation qui consiste à élargir l’accès à la route de façon progressive. C’est en quelque sorte une mini bretelle d’accès à présent, qui pourra accueillir plus facilement les cars, les longs camions et les tracteurs avec remorques.



Promis, si la visite du président de la République devient réalité, alors je m’engage à remettre à jour les chiffres du code d’entrée en rapport avec l’Age qu’il aura à la date de son séjour ici… Cela deviendra 4065 E, 4166 E ou 4267 E nous verrons bien, avec la petite histoire qui l’accompagne.

C’est madame qui va être contente !

Hervé

mardi 14 février 2017

La dague à rognons


Après l’Arquebuse, la Pertuisane, la Brigandine il est temps de baptiser la prochaine cabane du domaine qui ne porte pas encore de nom mais qui est déjà en place.
Il me faudra bien la nommer pour vous en faire la présentation et je sais par expérience combien le choix du nom est important dans la réussite commerciale d’un gite. S’il est séduisant, il peut à lui seul être la raison du choix de la réservation. 


Il y a cinq ans, j’ai choisi pour les premières, des noms en relation avec le moyen âge puisque l’idée du concept ‘cabane’ m’est venu en regardant le film ‘Robin des bois’. J’avais pour projet de garnir ma forêt de cabanes reliées les unes aux autres par des ponts de singe et des échelles de cordes de telle sorte que chacun puisse rendre visite à son voisin sans descendre des arbres. Assis confortablement devant ma télévision, j’imaginais même un immense barbecue implanté au centre de cette galerie pendulaire où les clients pouvaient venir découper à leur guise un morceau de gibier tournant sur une broche à la bonne flambée. Ils pouvaient ainsi déguster cette viande grillée en festoyant sous la lueur du feu, accompagnée d’un pichet de clairet et quelques timbales à leur disposition avant de remonter complètement ivres se coucher dans leur nid douillet ou dans un autre plus alléchant.

Bon, ce n’était pas très raffiné je l’avoue, mais c’était brut d‘imagination et pendant la diffusion du film car après réflexion, je suis revenu à un projet un peu plus consensuel. Cela ne m’a pas empêché d’attribuer à mes constructions des noms en rapport avec les armes et les habits de cette époque.

Mais il devient de plus en plus difficile de trouver un mot accrocheur en restant dans ce registre qui, il faut bien le dire, manque un peu de vocabulaire. Je me suis replongé dans mon grimoire pour en sortir quelque uns comme la Hallebarde, la Scramasaxe, la Bardiche, la Barbute… Pas très vendeur pour une cabane.

Puis je suis tombé sur un nom qui a retenu mon attention. La ‘Dague à Rognons’. - Petit couteau dont le manche se termine par deux boules sculptées pour une meilleure prise en main - Selon moi il était évident d’assimiler les petits rognons aux enfants accompagnant leur parent pour une nuit en cabane.

Tout content de ma nouvelle trouvaille et me méfiant de mon ardeur spontané, je m’empresse de la soumettre à mon petit comité d’agrément pour alimenter l’esprit participatif et surtout pour que l’on ne puisse pas dire ensuite ‘c’est de ta faute, tu as décidé tout seul’.

D’abord enthousiasmé par ma proposition (quelques secondes), ils changent vite d’avis quand ils se rendent compte tout de même que la connotation est douteuse et qu’elle pourrait repousser un bon nombre de personne ne voyant là qu’une image vulgaire et décalée appliquée à un loisir familial.
J’argumente en faveur de l’originalité de l’expression et de son côté cocasse mais je n’obtiens pas l’approbation attendue.

Je tente de passer en force (peut-être le 49/3). L’ambiance se dégrade, j’agace mon assemblée qui me menace de sanctions lourdes telles que motion de censure, grèves à répétition, manifestations ou pire encore… Privation de dessert.
S’en est trop… je renonce et j’enterre à contre cœur le projet de nom ‘Dague à Rognons’.

Accablé par cet échec mais pas découragé pour autant (je sentais le vent venir), je referme le grimoire et me tourne vers internet avec une recherche sur les habits du moyen âge. Parmi eux je retrouve la Brigandinegenre d’armure – puis, plus loin : l’Escarcellepetite sacoche en cuir attaché à la ceinture. Il est noté dans la définition qu’elle servait généralement à y ranger des biens précieux (encore un rapport possible aux enfants !)
Phonétiquement agréable à mon oreille mais peut-être un peu compliqué, je la propose à mon petit comité avec lequel j’étais resté en froid.
Ils ont apprécié la sobriété du terme et même s’ils reconnaissent que bien peu d’entre vous saurons deviner la signification de ce terme, ils l’ont approuvé à l’unanimité.

Alors des idées surviennent : Pourquoi ne pas mettre la définition de ces noms originaux dans chacune des cabanes concernées ?
Génial! Je donne mon accord et j’inscris cette action au programme de cette année !
Quoi d’autre ?
Rien !
Comme quoi les réunions en petit comité, ça a du bon !

Je reste pour ma part, persuadé que la ‘Dague à rognons’ était un terme plus racoleur, mais peut-être trop… Euhm, j’ai un doute encore maintenant. Il est préférable de ne plus y penser.

Le nom’ Escarcelle’ est donc attribué à la quatrième cabane du domaine de Frévent.

Je dois vous laisser à présent, car j’ai du travail en perspective. Le chemin d’accès, les panneaux indicateurs, la place de parking, la salle de bain et le plus long et plus important… la présentation sur le web !

hervé

vendredi 25 novembre 2016

Vu d'un chien...


Je me souviens bien de cet après-midi d’automne. Le soleil brillait entre quelques passages nuageux peu fréquents et la température était douce. Le petit vent léger qui balayait l’atmosphère n’était pas assez fort pour faire tomber les dernières feuilles accrochées aux arbres. C’est une grande douceur et un grand calme qui régnait autour de moi, une ambiance qui convenait bien à… se laisser aller.

Le matin, au lever du jour, j’étais sorti péniblement de mon box pour m’assoir sur l’épais tapis de feuilles mortes qui recouvrait le sol humide. Le ventre au frais, derrière les grilles de mon enclos je me remémorais les grands moments de vie passée ici à regarder la forêt.


Des flashs traversaient ma mémoire…

_ Mon arrivée ici dans le froid, sous la neige. L’occasion pour moi et mes copains de découvrir les plaisirs de la paille dans un local fermé pour se tenir bien chaud.
_ Les distractions du printemps avec la cohabitation des autres animaux du domaine que nous n’avions pas le droit de croquer.
Pour moi qui aie connu les grandes chasses à courre en forêt de Fontainebleau, dans lesquelles je n’excellais pas particulièrement d’ailleurs, je m’apercevais qu’ici je n’avais rencontré aucune contrainte. Je sortais du chenil pour des roulades dans l’herbe, des courses poursuites dans la forêt, pister des traces que des petits animaux avaient laissées pendant la nuit. Bien peu de labeur dans tout cela.
_ Mes baignades dans l’étang quand les oies n’y étaient pas.
_ Ma peur panique en détalant à travers le parc quand les enfants avaient placé un emballage en polystyrène autour de mon cou et que je n’arrivais pas à l’enlever.
_ Ma collision dans la vitre de la baie vitré que je n’avais pas vu fermée.
_ Mes bagarres, mes parties de jeu entre chiens.

Toutes ces journées pleines d’énergie dépensée me paraissaient bien loin car je me sentais très faible.
Je n’avais plus d’appétit depuis plusieurs jours. Mon maître avait changé mes croquettes, les avait associé avec de la soupe, des restant de poulet, des légumes… mais rien y faisait, je ne me nourrissais plus et n’en éprouvais aucunement le besoin. Je ne buvais pas non plus et l’affaiblissement m’envahissait progressivement.

J’étais allé en visite la veille au soir à la clinique vétérinaire. Palpations, tripotage des couilles et thermomètre dans le cul. Le verdict du Doc : insuffisance cardiaque et certainement autre chose dont il ne pouvait prendre connaissance sans avoir fait d’examens complémentaires. Lourd verdict pour un Anglo-Français de 10 ans. Le tout s’était soldé par deux bonnes piqûres dans la nuque pour me soulager et faire baisser ma fièvre. C’est certainement pour cela que j’étais si détendu ensuite.

Mais la bave coulait sur mes pattes avant, j’avais de plus en plus de mal à respirer et à garder les yeux ouverts. Ma maîtresse est venue me proposer un peu d’eau, que j’ai refusé d’avaler. Mon maître m’a regardé longuement avant de retourner à ses occupations.

C’était le milieu de l’après-midi de ce 23 novembre 2016 et je me retrouvais seul avec Forest, ce gros bouffeur de croquette qui a toujours cherché à finir mes gamelles.
Je me sentais tellement fébrile que je décidais de m’étendre sur le côté. La truffe posée au sol, je sentais mon corps se refroidir… l’odeur d’humus décomposé disparaissait peu à peu tandis qu’un voile noir venait me recouvrir les yeux… Je partais en apesanteur.

De l’au-delà où je me dirigeais, je voyais mon maître qui accélérait ses pas pour venir vers moi. Il est entré dans mon enclos et s’est précipité pour me caresser le ventre une dernière fois. Ses mains chaudes qui glissaient sur mes poils ne suffisaient plus à réchauffer mon corps, que je venais de quitter.

Croque note n’était plus là!


Dans les heures qui ont suivi mon départ, toute la famille est venue me dire au revoir.
Le soir, des bougies ont été allumées dans leur maison.

J’étais le dernier des premiers chiens arrivés ici en 2009. J’ai vu Dj mon meilleur compagnon de jeu, partir dans d’atroces souffrances. Puis ce fut le tour du chef Urbino qui ne s’est pas réveillé au petit matin.
Avec ma disparition du domaine de Frévent, c’est une page qui se tourne, mais le livre ne se referme pas. Un autre chien me succédera certainement pour tenir compagnie à Forest et continuer à animer cet endroit où j’ai finalement été heureux.

Et de nouvelles aventures s’écriront…


Hervé (pour Croque note)