domaine de frévent

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lundi 1 janvier 2018

... Canceled !


J – 3

Les isobares se resserrent. Un fort contraste entre le froid du Nord et le chaud du Sud se rencontre sous notre latitude. Le mauvais temps arrive et va entrainer avec lui de fortes précipitations sur des sols déjà bien arrosés.

Les familles ont réservé depuis longtemps leur réveillon dans une cabane dans les arbres. Histoire de marquer le coup et commencer l’année par une aventure atypique afin qu’elle soit encore meilleure que les précédentes.


J - 2

En plus des précipitations, la météo annonce de fortes rafales de vent qui devraient traverser la France dans la journée du premier Janvier.

Les familles se préparent pour une nuit en pleine nature. Les duvets, les bougies, pyjamas chauds…

J – 1 – 12 heures

Il pleut encore et des nappes d’eau superficielles commencent à envahir les terrains plats dans la forêt. Les prévisions annoncent que les fortes rafales de vent prévues pour le jour de l’an puissent se transformer en tempête. Le vent devrait se lever aussi dans la journée du 31 Décembre.

Les familles préparent les bons petits plats à emporter dans les cabanes. Il est prévu, champagne, digestifs, huitres, foie gras et buche en dessert.

J – 1 – 14 heures

Le mot tempête est lancé. Avec ou sans alerte orange, le danger doit être étudié. Aucun risque ne doit être pris, mais les annulations ne peuvent se faire à la légère car les déceptions sont parfois très grandes.

Hervé consulte les sites météo sur internet ou, pas un ne donnera les mêmes estimations que l’autre.
Tempêtes avec rafales à 90 km/heure pour les uns, vent forts avec rafales à 70 km/heure pour d’autres, l’analyse est délicate d’autant que les heures de passage prévues ne sont jamais les mêmes. Si la tempête arrive dans l’après-midi du 1er, la nuit en cabane du réveillon n’est pas concernée. En revanche, si elle arrive le matin, il faut annuler…

…et dans ce cas, le plus tôt sera le mieux pour tout le monde!

Les familles ne s’y attendent pas, bien que chacun ait entendu la météo. Les enfants s’amusent les sacs de voyages se remplissent, le téléphone sonne…

J - 1 – 15 heures

Les annulations s’enchainent et les déceptions aussi. Maudite ‘Carmen’ qui décide de balayer la France juste la journée du 1er Janvier 2018. Elle aurait pu passer quelques jours avant ou quelques jours après. Pas de doute, elle arrive pour nous emmerder et uniquement pour emmerder !

Il reste peu de temps aux familles pour s’organiser vers une autre forme de réveillon, plus conventionnel cette fois. Pour la plupart, la nuit en cabane sera reportée à une autre date, certes moins symbolique, mais toute aussi palpitante. Pour les autres, il faudra retenter le coup l’année prochaine mais avec tout autant d’incertitude car dans ce type de logement, c’est la nature qui pilote les réservations.

Jour J – 31 Décembre

Pas de vent comme annoncé, mais la tempête se confirme pour le lendemain. Vents forts de 90 à 100 km/heure prévus à partir du lundi 1 er janvier au matin. L’ALERTE ORANGE est déclenchée sur les départements de l’Ouest, mais pas ceux de l’Ile de France.

Les familles garderont donc les pieds sur terre pour commencer l’année qu’elles désiraient placer sous le signe de l’écologie, du retour aux sources, d’un retour à la nature ou simplement à l’essentiel. Mais il restera encore 364 nuits pour la symboliser dans un arbre en toute sécurité.

Jour J - soirée du réveillon.

Beaucoup de pluie accompagnée d’un petit souffle de vent… pour le moment. La température est douce et la forêt reste sans vie.

J + 1 – matin du jour de l’an

Toujours pas de vent mais une forte pluie arrive.
Ce n’est qu’à partir de 12 heures (fin d’une location en cabane) qu’un ronflement envahi la plaine et que la cime des arbres commence à danser sous les déplacements d’air.

L’annulation n’était donc pas justifiée cette fois et les réservations auraient pu être maintenues. J’ai manqué de discernement et je m’en excuse auprès de ceux que j’ai privé d’une soirée à laquelle ils tenaient beaucoup. Mais qui aurait pu prévoir avec certitude et suffisamment tôt que la tempête commencerait à souffler à telle heure avec telle intensité juste au-dessus du domaine de Frévent.

A l’heure où la tourmente se déchaine sur mon univers extérieur, je ne regrette pas d’avoir appliqué malgré tout le principe de précaution qui conduit chaque cabaneur à se retrouver en condition de sécurité quel que soit le doute qui subsiste sur les prévisions météorologiques.

L’année 2017 finit par de l’angoisse. J’espère que ce n’est pas un signe représentatif de l’année qui la suivra.

Bonne et heureuse année à vous tous.


Hervé




mercredi 27 décembre 2017

Recette de luminaire au vieux bois !



A l’occasion des fêtes, tout mon petit monde s’affaire en cuisine. C’est la bousculade en ce lieu et quand je sens l’ambiance atteindre la surchauffe, c’est qu’il est temps pour moi de m’enfermer dans mon atelier. Je retrouve là des ustensiles accrochés au mur, des robots électriques, des tables de préparation, tout le nécessaire pour apporter ma touche personnelle à ces soirées d’hiver.
Cette année, j’ai décidé de concocter des éclairages d’ambiance avec une recette (je ne dirais pas de ma grand-mère) qui est : luminaire au vieux bois.
Les ingrédients se prélèvent facilement dans les ressources naturelles du parc et se récupèrent sur des vieux achats « made in china » qui bien sûr ne fonctionnent déjà plus, sont cassés ou démodés.

Temps de préparation : 2 heures
Temps de cuisson : néant

Traverser la forêt avec une tronçonneuse au bout des bras qu'il vous faudra soulager l'un après l'autre pour supporter le poids. Arrivé sur les lieux du prélèvement, lancez le démarreur de la machine infernale pour découper les ingrédients façonnés par une nature ténébreuse. Un bout de branche tourmentée et écorcée, un morceau de tronc à l’agonie, une racine ayant fait surface par le déchaînement des intempéries. La matière prélevée doit être sèche, dépourvue de vie et présenter une physionomie cadavérique.


De retour à l’atelier, se saisir de la forme complexe en la tenant du bout des doigts, la caresser, la tourner et l’imaginer dans sa configuration finale. De la contemplation naîtra du plaisir à tous ceux qui la regarde. De son affectation naîtra une luminosité accrue et feutrée à tous ceux qui l’utilise.

Après réflexion et quand un plan d’usinage se profile enfin, commencer le nettoyage épidermique de la bête en décomposition. 


Métacarpes et doigts en action pour un grattage et un brossage grossier destinés à supprimer toute pourriture, mousses, lichens et dépôts terreux qui la recouvrent.
Finir par un brossage fin avec pinceau sec et brosse à dents pour dévider les crevasses et plais entrantes.
L’aspect final doit rester mat, c’est tendance même si à terme cela accroche la poussière... 


Les coupes doivent être bien orientées avec des états de surfaces rigoureusement planes. Il faut les faire avec une scie circulaire ou une scie à ruban et terminer si besoin par un ponçage au disque abrasif.
Les phalanges craignent l’exécution de cette phase délicate où elles sont très exposées aux dents de la scie qui les frôlent et peuvent les happer à la moindre maladresse. Elles s’en retrouveraient déchiquetées et dans l’impossibilité de continuer le travail envisagé.
Croyez en mon expérience et celle de mon index droit qui a goûté aux lames d’une vilaine raboteuse. Faites comme ils disent à la télé… Soyez VI-GI-LANT !

Pour faire passer le fil électrique jusqu’à la douille, percer la potence de part en part avec un diamètre assez large (supérieur à 12 mm)
Cette galerie intérieure peut se faire avec une mèche à bois plate montée sur rallonge. Selon la forme de la pièce, la longueur des perçages peuvent aller au-delà de 20 cm.
Munissez-vous d’une perceuse et commencez le trou d’un côté en vous enfonçant dans la chair ferme, puis reprenez de l’autre côté avec une orientation telle que les deux perçages se rejoignent à l’intérieur. Un tracé à la craie sur l’extérieur de la pièce pourra être utile pour vous guider. 


Pour préparer le support du luminaire, découper une belle tranche de bois (chêne ou acacia) bien persillée et d’environ trois centimètres d’épaisseur. L’écorcer soigneusement, puis la poncer avec des disques au grain de plus en plus fins jusqu’à obtenir une belle apparence.


Percer le support par un trou traversant correspondant au départ de la galerie de la potence quand elle sera fixée dessus. Le diamètre de ce trou doit être assez gros (environ 25 mm) pour y incorporer le domino de câblage électrique.
Penser à entailler à l’arrière de cette belle galette pour y placer un petit crochet d’attache au mur. 


Le support est maintenant prêt à recevoir sa potence qui doit venir se fixer dessus par deux longues vis. Faire des avant trous pour guider les vis et repérer soigneusement l’orientation de l’ensemble.
Un collage est recommandé dans cet assemblage, mais n’est pas obligatoire.


Pouces et index, aidés des majeurs et annulaires viennent visser délicatement l’embase de la douille sur le haut de la potence. (Matériel récupéré ou acheté en grande surface de brico.)
Les auriculaires accompagnent les mouvements en apportant l’équilibre et la précision à leur confrère.
Tous ensemble, ils procèdent au câblage finale pour conduire l’électricité jusqu’ à l’ampoule. 


L’abat-jour le plus sobre sera du meilleur effet sur cette structure naturelle.


Voilà, le plat se mange froid bien que destiné à réchauffer les ambiances intérieures avec une lumière feutrée.

Après ce petit billet plutôt technique, il ne me reste plus qu’à retourner voir en cuisine (la vraie) si l’agitation s’est apaisée. Je dois y préparer le foie gras que j'ai pu acheter cette année à Nogaro lors d’une courte excursion dans le Gers. Mais ça, c’est une autre histoire.

Passez de bonnes fêtes !


Hervé




mercredi 18 octobre 2017

Du rut à la tombée des glands.


C’est un drôle de titre qui aurait pu être « de la course aux champignons à l’ouverture de la chasse ». Une façon comme une autre de mettre l’accent sur la période entrée-automnale. La période la plus dense en termes de travaux agricoles, contrairement aux idées reçues qui conduisent à penser que le pic de travail pour nos agriculteurs est la moisson du mois de juillet. Après les semis de colza et l’épandage des amendements et fertilisants, arrivent l’arrachage des betteraves, les labours, la préparation du lit de semence et les semis de blé, d’orge et d’autre activités encore. Tout cela se succède sur les journées où la météo reste favorable pour une bonne exécution. Et puis, il y a chasse …

En ce qui nous concerne, l’été est passé vite et comme vous avez pu le constater il ne m’a pas beaucoup inspiré. Nous avons travaillé, nettoyé, réparé, veillé avec l’attention qui est la nôtre sur tous ceux qui sont passés dans nos murs. Nous avons survécus à la grosse chaleur en nous refugiant dans les endroits frais et évités la pluie en s’abritant dans des endroits secs. Nous avons su faire face à des clients qui arrivent trop tôt et à d’autres qui partent trop tard, ou l’inverse je ne sais plus… Un été classique sans évènement particulier et donnant l’impression de déjà-vécu. Il est temps de se changer les idées !


La couleur verte fait place au jaune et avec elle, l’humidité tombe et l’obscurité grandit. Le bois de chauffage est soigneusement rangé dans le buché, les cheminées sont ramonées et sont prêtent à fonctionner.
Le froid arrive… comme à Westeros ! Et à l’heure où la plupart de mes confrères programment la fermeture de leur établissement pour l’hiver, moi je me prépare à affronter seul… les marcheurs blancs!

Avec quelques gites, des chambres et des cabanes, de la lumière et du réconfort, du repos et du calme dans des lits douillets, avec ou sans chauffage selon votre hardiesse et votre désir d’aller au front, c’est ici que j’attendrais dans les semaines qui viennent tous ceux qui seront tentés de se joindre à moi pour ainsi plonger dans l’univers de ‘ la garde de nuit’. Mais attention, pas de neige ni mur de glace car les températures extrêmes : très peu pour moi !

Elle est bien loin l’époque où les hommes avaient peur de la forêt. Celle-ci se présentait pourtant sous le même aspect qu’aujourd’hui, sombre, sauvage donnant l’impression de ne jamais finir jusqu’à en perdre son orientation. Nos ancêtres craignaient surement de ne jamais pouvoir y retrouver leur chemin et être amenés à affronter seuls dans la pénombre des bruits d’autant plus étranges qu’ils étaient nourris par l’imaginaire et les croyances en vogue. Ils ne s’y aventuraient pas pour se promener, aller aux champignons, ramasser du muguet ou faire du jogging, mais juste pour empreinter les chemins qui la traversait de part en part. Les mieux lotis étaient escortés par des hommes en armes quant aux autres, ils devaient savoir manier le couteau.
Il faut dire qu’en ce temps-là, elle abritait loups, ours, sorcières, et bien souvent et par voie de conséquence les malfaiteurs qui préféraient vivre dangereusement plutôt que de finir sur l’échafaud.

La forêt était considérée comme dangereuse, ce n’est plus le cas aujourd’hui. 


Je me demande comment la population réagirait si les prédateurs arrivaient jusqu’à nos campagnes, en périphérie de Paris. J’imagine la réaction de certains face au hurlement du loup qui résonne dans la forêt pendant une soirée barbecue le soir venu.

« Vite, mettez les enfants à l’abri et attisez le feu pour repousser la meute ! Demain, nous irons à la mairie évoquer notre sentiment de peur et d’insécurité. Si le maire ne fait rien, nous irons déposer plainte pour - mise en danger d’autrui – ou un autre chef d’accusation, qu’importe c’est juste pour recevoir des indemnités sur le compte de notre grosse frayeur. Peut-être aussi un petit avis bien négatif sur le site web de la commune pour surchauffer l’ambiance dans le cadre du ‘bien vivre ensemble’» Cela tournerait vite au pugilat et ne contribuerait qu’à rajouter de l’huile sur un feu de pratique déjà bien en vogue actuellement.

Pourtant, au risque de m’attirer de vives critiques et des jets de pierre, je verrais d’un bon œil la présence de cet animal dans mon univers de vie, cela en tenant compte de la nécessité qu’il y aurait alors de prendre de sérieuses précautions au quotidien pour ne pas y être confronté directement. Outre son impact régulateur sur la prolifération du gibier et des nuisibles que les chasseurs ont bien du mal à contenir, Il aurait un rôle de prise de conscience pour chacun d’entre nous en faisant ressortir que la nature, même en pays civilisé, n’est pas un jardin où l’homme peut épuiser les ressources naturelles sans craindre d’être dévoré à son tour. Cela reste une image bien sûr car pour certain, le loup n’attaque pas l’homme.

A défaut de hurlement, ce que l’on entend actuellement à Frévent se sont les grognements du cerf pour sa parade nocturne, le bruit des glands de chêne qui tombent d’une vingtaine de mètres sur les toits placés sous les houppiers comme ceux des cabanes dans les arbres et, le dimanche matin, les détonations de quelques coups de feu de chasseurs embusqués derrière la clôture. Je précise que ces derniers tirent toujours dans la direction opposée au domaine. Plus tard dans la matinée, il y aura le cri du coq sur fond de volée des cloches d’église pour la grand-messe. Ce sont les bruits de la campagne la vraie, celle que j’aime.


Les sorcières, si elles existent encore, ne sont plus en forêt. Si l’on exclut leur activité magie noir ou divinatoire qui reste bien discutable, je pense qu’elles pouvaient détenir de réelles connaissances sur les vertus nutritives et curatives des plantes, champignons, lichens et autres insectes peut-être. Beaucoup de ce savoir a été perdu et si on le réapprend aujourd’hui pour les plantes au travers des huiles essentielles et herbes médicinales, je me dis qu’il reste encore bien des choses à découvrir concernant la multitude de champignons qui apparaissent tout au long de la saison en sous-bois et dans les prés. Bien malin est le pharmacien qui peut prétendre pouvoir nous renseigner sur les effets des moisissures diverses que nous lui présentons.
Sans être particulièrement favorable au retour de ces guérisseuses esseulées, je pense qu’elles devaient apporter beaucoup à la société d’autrefois. C‘est d’ailleurs pour cela qu’elles ont été brûlées, religion oblige !

Les malfaiteurs ne reviendront plus vivre en milieu naturel car sans wifi ni fast-food, je les imagine mal survivre en extérieur (sa kaille !) d’autant qu’ils n’ont plus le besoin d’échapper à la peine capitale.

A l’heure où le froid arrive, moi qui vis en forêt en 2017, je vais tenter d’affronter la rudesse du climat et ce, plusieurs mois durant pour faire du domaine de Frévent une maison refuge ou quel que soit la présence hostile qu’il règne au dehors, il fasse bon s’y abriter pour se réchauffer, se restaurer, se reposer et ainsi contribuer à ce que même en plein hiver, au Nord… la vie continue.

Hervé