domaine de frévent

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mardi 14 février 2017

La dague à rognons


Après l’Arquebuse, la Pertuisane, la Brigandine il est temps de baptiser la prochaine cabane du domaine qui ne porte pas encore de nom mais qui est déjà en place.
Il me faudra bien la nommer pour vous en faire la présentation et je sais par expérience combien le choix du nom est important dans la réussite commerciale d’un gite. S’il est séduisant, il peut à lui seul être la raison du choix de la réservation. 


Il y a cinq ans, j’ai choisi pour les premières, des noms en relation avec le moyen âge puisque l’idée du concept ‘cabane’ m’est venu en regardant le film ‘Robin des bois’. J’avais pour projet de garnir ma forêt de cabanes reliées les unes aux autres par des ponts de singe et des échelles de cordes de telle sorte que chacun puisse rendre visite à son voisin sans descendre des arbres. Assis confortablement devant ma télévision, j’imaginais même un immense barbecue implanté au centre de cette galerie pendulaire où les clients pouvaient venir découper à leur guise un morceau de gibier tournant sur une broche à la bonne flambée. Ils pouvaient ainsi déguster cette viande grillée en festoyant sous la lueur du feu, accompagnée d’un pichet de clairet et quelques timbales à leur disposition avant de remonter complètement ivres se coucher dans leur nid douillet ou dans un autre plus alléchant.

Bon, ce n’était pas très raffiné je l’avoue, mais c’était brut d‘imagination et pendant la diffusion du film car après réflexion, je suis revenu à un projet un peu plus consensuel. Cela ne m’a pas empêché d’attribuer à mes constructions des noms en rapport avec les armes et les habits de cette époque.

Mais il devient de plus en plus difficile de trouver un mot accrocheur en restant dans ce registre qui, il faut bien le dire, manque un peu de vocabulaire. Je me suis replongé dans mon grimoire pour en sortir quelque uns comme la Hallebarde, la Scramasaxe, la Bardiche, la Barbute… Pas très vendeur pour une cabane.

Puis je suis tombé sur un nom qui a retenu mon attention. La ‘Dague à Rognons’. - Petit couteau dont le manche se termine par deux boules sculptées pour une meilleure prise en main - Selon moi il était évident d’assimiler les petits rognons aux enfants accompagnant leur parent pour une nuit en cabane.

Tout content de ma nouvelle trouvaille et me méfiant de mon ardeur spontané, je m’empresse de la soumettre à mon petit comité d’agrément pour alimenter l’esprit participatif et surtout pour que l’on ne puisse pas dire ensuite ‘c’est de ta faute, tu as décidé tout seul’.

D’abord enthousiasmé par ma proposition (quelques secondes), ils changent vite d’avis quand ils se rendent compte tout de même que la connotation est douteuse et qu’elle pourrait repousser un bon nombre de personne ne voyant là qu’une image vulgaire et décalée appliquée à un loisir familial.
J’argumente en faveur de l’originalité de l’expression et de son côté cocasse mais je n’obtiens pas l’approbation attendue.

Je tente de passer en force (peut-être le 49/3). L’ambiance se dégrade, j’agace mon assemblée qui me menace de sanctions lourdes telles que motion de censure, grèves à répétition, manifestations ou pire encore… Privation de dessert.
S’en est trop… je renonce et j’enterre à contre cœur le projet de nom ‘Dague à Rognons’.

Accablé par cet échec mais pas découragé pour autant (je sentais le vent venir), je referme le grimoire et me tourne vers internet avec une recherche sur les habits du moyen âge. Parmi eux je retrouve la Brigandinegenre d’armure – puis, plus loin : l’Escarcellepetite sacoche en cuir attaché à la ceinture. Il est noté dans la définition qu’elle servait généralement à y ranger des biens précieux (encore un rapport possible aux enfants !)
Phonétiquement agréable à mon oreille mais peut-être un peu compliqué, je la propose à mon petit comité avec lequel j’étais resté en froid.
Ils ont apprécié la sobriété du terme et même s’ils reconnaissent que bien peu d’entre vous saurons deviner la signification de ce terme, ils l’ont approuvé à l’unanimité.

Alors des idées surviennent : Pourquoi ne pas mettre la définition de ces noms originaux dans chacune des cabanes concernées ?
Génial! Je donne mon accord et j’inscris cette action au programme de cette année !
Quoi d’autre ?
Rien !
Comme quoi les réunions en petit comité, ça a du bon !

Je reste pour ma part, persuadé que la ‘Dague à rognons’ était un terme plus racoleur, mais peut-être trop… Euhm, j’ai un doute encore maintenant. Il est préférable de ne plus y penser.

Le nom’ Escarcelle’ est donc attribué à la quatrième cabane du domaine de Frévent.

Je dois vous laisser à présent, car j’ai du travail en perspective. Le chemin d’accès, les panneaux indicateurs, la place de parking, la salle de bain et le plus long et plus important… la présentation sur le web !

hervé

vendredi 25 novembre 2016

Vu d'un chien...


Je me souviens bien de cet après-midi d’automne. Le soleil brillait entre quelques passages nuageux peu fréquents et la température était douce. Le petit vent léger qui balayait l’atmosphère n’était pas assez fort pour faire tomber les dernières feuilles accrochées aux arbres. C’est une grande douceur et un grand calme qui régnait autour de moi, une ambiance qui convenait bien à… se laisser aller.

Le matin, au lever du jour, j’étais sorti péniblement de mon box pour m’assoir sur l’épais tapis de feuilles mortes qui recouvrait le sol humide. Le ventre au frais, derrière les grilles de mon enclos je me remémorais les grands moments de vie passée ici à regarder la forêt.


Des flashs traversaient ma mémoire…

_ Mon arrivée ici dans le froid, sous la neige. L’occasion pour moi et mes copains de découvrir les plaisirs de la paille dans un local fermé pour se tenir bien chaud.
_ Les distractions du printemps avec la cohabitation des autres animaux du domaine que nous n’avions pas le droit de croquer.
Pour moi qui aie connu les grandes chasses à courre en forêt de Fontainebleau, dans lesquelles je n’excellais pas particulièrement d’ailleurs, je m’apercevais qu’ici je n’avais rencontré aucune contrainte. Je sortais du chenil pour des roulades dans l’herbe, des courses poursuites dans la forêt, pister des traces que des petits animaux avaient laissées pendant la nuit. Bien peu de labeur dans tout cela.
_ Mes baignades dans l’étang quand les oies n’y étaient pas.
_ Ma peur panique en détalant à travers le parc quand les enfants avaient placé un emballage en polystyrène autour de mon cou et que je n’arrivais pas à l’enlever.
_ Ma collision dans la vitre de la baie vitré que je n’avais pas vu fermée.
_ Mes bagarres, mes parties de jeu entre chiens.

Toutes ces journées pleines d’énergie dépensée me paraissaient bien loin car je me sentais très faible.
Je n’avais plus d’appétit depuis plusieurs jours. Mon maître avait changé mes croquettes, les avait associé avec de la soupe, des restant de poulet, des légumes… mais rien y faisait, je ne me nourrissais plus et n’en éprouvais aucunement le besoin. Je ne buvais pas non plus et l’affaiblissement m’envahissait progressivement.

J’étais allé en visite la veille au soir à la clinique vétérinaire. Palpations, tripotage des couilles et thermomètre dans le cul. Le verdict du Doc : insuffisance cardiaque et certainement autre chose dont il ne pouvait prendre connaissance sans avoir fait d’examens complémentaires. Lourd verdict pour un Anglo-Français de 10 ans. Le tout s’était soldé par deux bonnes piqûres dans la nuque pour me soulager et faire baisser ma fièvre. C’est certainement pour cela que j’étais si détendu ensuite.

Mais la bave coulait sur mes pattes avant, j’avais de plus en plus de mal à respirer et à garder les yeux ouverts. Ma maîtresse est venue me proposer un peu d’eau, que j’ai refusé d’avaler. Mon maître m’a regardé longuement avant de retourner à ses occupations.

C’était le milieu de l’après-midi de ce 23 novembre 2016 et je me retrouvais seul avec Forest, ce gros bouffeur de croquette qui a toujours cherché à finir mes gamelles.
Je me sentais tellement fébrile que je décidais de m’étendre sur le côté. La truffe posée au sol, je sentais mon corps se refroidir… l’odeur d’humus décomposé disparaissait peu à peu tandis qu’un voile noir venait me recouvrir les yeux… Je partais en apesanteur.

De l’au-delà où je me dirigeais, je voyais mon maître qui accélérait ses pas pour venir vers moi. Il est entré dans mon enclos et s’est précipité pour me caresser le ventre une dernière fois. Ses mains chaudes qui glissaient sur mes poils ne suffisaient plus à réchauffer mon corps, que je venais de quitter.

Croque note n’était plus là!


Dans les heures qui ont suivi mon départ, toute la famille est venue me dire au revoir.
Le soir, des bougies ont été allumées dans leur maison.

J’étais le dernier des premiers chiens arrivés ici en 2009. J’ai vu Dj mon meilleur compagnon de jeu, partir dans d’atroces souffrances. Puis ce fut le tour du chef Urbino qui ne s’est pas réveillé au petit matin.
Avec ma disparition du domaine de Frévent, c’est une page qui se tourne, mais le livre ne se referme pas. Un autre chien me succédera certainement pour tenir compagnie à Forest et continuer à animer cet endroit où j’ai finalement été heureux.

Et de nouvelles aventures s’écriront…


Hervé (pour Croque note)



mercredi 2 novembre 2016

Comme un misérable...


Accueillir… Voilà un mot devenu très à la mode dans notre quotidien et qui pose tout une panoplie de réflexion liée à l’actualité.
Si dans la problématique nationale il entraîne une pensée sur le nombre, pour mon activité il est le reflet d’un savoir-faire.
La question n’est pas de savoir combien, mais comment être le plus agréable possible face à l’arrivée des gens dont la personnalité est très hétéroclite. C’est une discipline qui requiert d’avoir le sens du contact humain.
Quand vous posez le pied par terre à Frévent, c’est généralement la maîtresse de maison qui vient vers vous …


' Bonjoooour, messieurs dames…'

Le ton est jovial, presque chantant, le sourire est généreux. Même si vous êtes de mauvais poil, une bonne humeur vous envahit et vous commencez à penser que tout va bien se passer.
Cet accueil chaleureux est accompagné d’une gestuelle élégante et surtout d’une voix portante, signe d’une convivialité sincère et authentique. Vous remarquerez peut-être qu’à ce moment-là, la forêt réagit un peu comme au premier coup de fusil à l’ouverture de la chasse. Dès que résonne le son de sa voix… Silence absolu dans les arbres. Les oiseaux se taisent, les insectes s’arrêtent de voler et plus personne ne bouge pour comprendre au plus vite s’il faut se mettre à courir et dans quelle direction partir. Même le vent s’arrête de souffler. Puis, quand tout ce petit monde est rassuré, le brouhaha revient lentement agrémentant vos discutions… la vie reprend.


Avec moi, c’est un peu différent. Attention, n’allez pas croire que je ne suis pas heureux de vous recevoir et que pour cela je vous réserve un accueil des plus pourri mais… C’est différent !
Le sourire est moins marqué, le geste moins expansif et la voix se fait plus discrète. Je suis moins jovial que mon épouse et je m’en excuse. C’est un tempérament qui peut facilement jouer de mauvais tour quand on exerce le métier que je fais, même si l’on se rattrape sur bien d’autres choses.

Je me souviens d’une cliente que j’avais reçue l’an dernier, qui s’est empressée de m’écrire un petit mail après son départ me précisant combien elle avait été déçue du manque de sourire que je lui avais réservé lors de son arrivée. Il est possible en effet que ce jour-là je n’avais pas fait beaucoup d’effort et je m’en suis excusé auprès d’elle, ce n’était pas volontaire de ma part.
Cela n’a pas suffi à la réconcilier… elle est restée fâché !

Cette expérience m’a laissé un goût amer car on ne peut pas aller contre nature. Alors à défaut de m’entrainer à vouloir diffuser un sourire forcé (ce qui ne m’irait pas du tout croyez-moi) j’ai préféré laissé mon épouse se charger des arrivées clients.
Mais, mais, mais… Vous pouvez de temps à autre encore tomber sur moi ! Vous me reconnaîtrez sans difficulté en me voyant arriver de loin et ne pourrez pas vous tromper sur qui va vous recevoir. Préparez-vous !

L’allure déglingué, les vêtements démodés, les godillots éclatés… c’est moi. Bien souvent en plein travail, je peux vous recevoir en sueur, totalement décoiffé, mains sales souvent blessées. Je ne peux rester à vous attendre sans rien faire et comme mes actions nécessitent souvent d’être équipé comme un misérable… (N’y voyez là aucune allusion au flux migratoire où les rôles seraient inversés, l’habit ne fait pas le moine dit-on !)

Je m’aperçois d’ailleurs qu’au moment où je vous écris, je porte une chemise que je portais déjà il y a trente ans (grande qualité). Et quand j’y pense, j’ai encore dans mon armoire à chaussures celle que je portais quand j’allais à l’école en moto. Ça s’appelait des ‘camarguaises’ et c’était ma maman qui me les avait acheté. Elles sont encore Nickel ! Je devrais peut-être les remettre, il parait que les années 80 redeviennent à la mode !
Comme vous pouvez le constater, je suis plutôt du genre conservateur.


Bon et sinon, vous venez de loin ?

     Non.

(Ah !)
Quelque fois ça coince un peu et l’accompagnement à votre chambre peut se faire en grande discrétion. Peut-être est-ce ma tenue qui refroidit le dialogue. Je n’insiste pas ! Je devrais peut-être…

Vous êtes de la région ?

     _ Des Yvelines, près de Mante la jolie, vous connaissez ?
 
(Eh bien voilà, là il y a de matière !)
Je connais bien en effet, c’est au-dessus de Versailles ?

     _ C’est ça, la banlieue Ouest de Paris.

Pas trop de circulation pour venir jusqu’ici ?

     _Si beaucoup, il y avait des bouchons à la hauteur de…

Et glou et glou et glou glou glou… Le dindon arrive et attire l’attention.
Voilà de quoi faire oublier mon apparence physique, car au contraire de moi, cet animal est toujours sur son ‘31’. L’œil vif, le regard stupide, il déploie sa belle roue et défile devant nous avec son goitre dégoulinant. Les pensées deviennent gaillardes.

Il m’accompagne souvent quand je vais sur le parking. Il comprend que sa mission est de faire diversion. Dire qu’on me conseille de le passer à la casserole depuis cinq ans maintenant, alors qu’en définitif il s’avère être un fidèle compagnon d’accueil. Mais je dois me méfier quand même, car le volatile exalté par l’attention particulière qu’on lui porte, fait vite de projeter une attaque sournoise.
Alors je le fais partir et reprend la main avant qu’il ne devienne agressif.

Voici donc un exemple de ce que peut-être un accueil chaleureux avec moi.
Qu’en pensez-vous ?
Un peu gauche je l’admets, pittoresque je l’espère. Assez en tous cas pour vous mettre à l’aise et vous réchauffer le cœur tout au long de l’accompagnement dans vos locaux.

     _ J’espère qu’on n’est pas trop en retard !

Noooooon !
(avec le sourire)

Mais la prochaine fois… soyez à l’heure ! (rire)


Hervé